La Démocratie Globale en tant que Talanoa: Une Perspective du Pacifique
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Sitiveni Halapua and Peau Halapua
Centre Est-Ouest (East-West Center), Honolulu
Le talanoa est un processus interculturel de narration provenant des traditions des îles du Pacifique. Il met l’accent sur le besoin de raconter des histoires sans dissimuler ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Le talanoa est une manière de parler, d’écouter, d’apprendre et de construire des entendements intersubjectifs. En tant que tel, il offre une méthode de résolution de conflits dans différentes situations. Effectivement, le talanoa a figuré au centre de notre engagement dans les instabilités politiques aux îles Fiji, Salomon et Tonga.
En nous basant sur ces expériences, nous considérons les implications du talanoa pour comprendre la démocratie globale. En premier lieu, nous explorons comment le concept et la méthode de talanoa construit des démarcations externe/interne de l’identité sociale pour réaliser une distinction entre les personnes affectées par les preneurs de décisions et ‘le peuple’ pour lequel les preneurs de décisions sont spécifiquement responsables. L’accent est mis sur les engagements et les besoins des personnes affectées qui se voient hors des limites au sein desquelles les preneurs de décisions et ‘le peuple’ développent et exécutent les politiques sur base de certaines règles. Nous considérons ensuite les entendements intersubjectifs du gouvernement et de la responsabilité sociale qui ont émergé à travers notre travail avec ce processus de narration. Ensuite, nous évaluons comment le talanoa permet de mesurer la responsabilité sociale et contribuer à construire des relations pacifiques et stables au sein d’un espace moral pour les questions globales.
En ce qui concerne le concept et la méthode, le talanoa combine deux termes austronésiens. Le tala signifie le prétexte, ou le message, d’une histoire. La Noa signifie la responsabilité et capacité des participants à détacher leurs perceptions, pensées et émotions d’engagements précédents dans le processus de narration. Une situation de noa permet d’écouter, et d’apprendre du tala sans le poids d’un programme prédéterminé. C’est seulement après l’écoute et l’apprentissage que les parties se rattachent à leurs engagements respectifs et arrivent de manière intersubjective à comprendre plus profondément les valeurs de l’autre. Le processus de talanoa fourni donc aux personnes une manière de communiquer leurs expériences des effets des politiques executées par les preneurs de décisions dans un contexte global.
Les personnes participent au talanoa en créant leurs propres histoires. Ces histoires révèlent leurs évaluations du pouvoir affectant leurs vies. Notre expérience du talanoa montre que les personnes révèlent les effets du pouvoir (i.e. l’exercice du droit de créer et de mettre en pratique les règles) en grande partie sur la base de leur expérience du plaisir ou de la douleur et de celle des autres. Malgré son impalpabilité, leur expérience du plaisir ou de la douleur nous dit plus sur leur avis sur le pouvoir que n’importe quel produit matériel produit par ce pouvoir. Les personnes parlent des noms, institutions et lieux responsables des règles, de la nature de ces règles, et des effets qui s’étendent au-delà des limites prises en compte par les preneurs de décisions. Les règles qui s’accommodent aux engagements d’un peuple sont évaluées positivement, alors que les règles qui répriment ces engagements sont évaluées négativement. La paix ou le conflit sont généralement en rapport avec le soutien, ou l’opposition aux règles et aux sites de pouvoir. Il est donc important, pour créer les conditions d’une stabilité globale (ou pour mettre fin à l’instabilité), de trouver un moyen, incarné par le talanoa, de parler, d’entendre, d’apprendre et de construire des entendements intersubjectifs sur les effets globaux des règles.
Le talanoa a été invoqué particulièrement autour d’expériences des effets globaux des politiques dans le Pacifique. Les personnes ont, au moyen de leur narration, évalué les preneurs de décisions qu’ils tiennent responsables des effets passés, présents, et futurs (possibles) sur leurs sociétés insulaires. Ils ont parlé de comment les politiques mises en pratique au nom du ‘peuple’ affectent les personnes au-delà des limites spécifiques des responsabilités des preneurs de décisions. Ces processus de talanoa ont à leur tour généré des entendements intersubjectifs concernant le maintien ou le changement des règles, y compris la construction de nouveaux types de démocratie.
Bien que le talanoa soit une pratique du Pacifique, il peut probablement inspirer la formation de nouveaux entendements et pratiques positives de démocratie globale. Dans un contexte global, la situation de noa permettrait aux narrateurs de différentes cultures d’écouter et d’apprendre ce que leurs tala respectifs révèleraient. Ils pourraient ensuite utiliser cet entendement intersubjectif pour arriver à des évaluations positives ou négatives de la conduite et des arrangements du pouvoir global existants, sur base du plaisir ou de la douleur que ceux-ci génèrent. Sur ces fondements, la responsabilité sociale pourrait être évaluée et mesurée à travers les cultures avec un certain degré de clarté, et les preneurs de décisions pourraient savoir s’il y a lieu de maintenir ou de changer les règles affectant les personnes au niveau global.